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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 10:40

Je ne répéterai jamais assez ces mots de Montaigne extraits du premier Livre des Essais, plus précisément du chapitre VIII intitulé De l’oisiveté, ceux-là même qui encadrent ce blog et dont je ne me lasse pas tant ils décrivent exactement l'état de mon esprit tel qu'il était à l'ouverture de ce blog et tel qu'il demeure:

Dernièrement que je me retirai chez moi, délibéré autant que je pourrai, ne me mêler d'autre chose que de passer en repos et à part ce peu qui me reste de vie, il me semblait ne pouvoir faire plus grande faveur à mon esprit, que de le laisser en pleine oisiveté, s'entretenir soi-même, et s'arrêter et se rasseoir en soi : ce que j'espérais qu'il peut meshui faire plus aisément, devenu avec le temps plus pesant et plus mûr. Mais je trouve, qu'au rebours, faisant le cheval échappé, il se donne cent fois plus d'affaire à soi-même qu'il n'en prenait pour autrui ; et m'enfante tant de chimères et monstres fantasques les uns sur les autres, sans ordre et sans propos, que pour en contempler à mon aise l'ineptie et l'étrangeté, j'ai commencé de les mettre en rôle, espérant avec le temps lui en faire honte à lui-même.

C’est ainsi que, après avoir infiniment attendu sur le seuil de notre future demeure, je me suis attardé encore dans le couloir d'entrée avant de gravir enfin les deux marches qui donnent accès à la cuisine.

Mille sujets me sollicitaient comme la discussion avec Marc soutenant son poulain Fillon au motif « qu’il n’y avait aucune honte à s’habiller avec élégance ni à penser à ses propres affaires » et de citer Richelieu sans s’embarrasser de quelques contresens pourtant évidents, comme l’envie d’expliquer à moi et aux autres l’intérêt que je trouve au blog d’Assouline, comme ces questions qui me venaient sur nos briques : celles des murs et des piliers de l’entrée sont assurément des foraines, mais celles qui pavaient l’entrée étaient, me semble-t-il plus épaisses(à vérifier : il en reste dans l’atelier et dans l’appentis dont nous avons fait le « local poubelle »)

L’inquiétude de nos vendeurs était manifeste.

Je ne sais plus—et sur ce point Charlotte n’a pu m’éclairer—si c’est à ce moment-là que Monsieur G. a fait observer que c’était un peu sombre.

C’était pourtant une soirée d’été, les deux fenêtres, orientées à l’Ouest, laissaient entrer le soleil, ce n’était pas le pire moment mais c’était très sombre.

Le plafond, anormalement bas, et les poutres étaient entièrement recouverts d’un lambris peint en marron foncé. Le crépi des murs, peut-être moins lépreux que dans les pièces précédemment visitées était badigeonné dans une couleur incertaine tirant vers le « jaune pipi » selon Charlotte. Il était protégé derrière l’évier de ce revêtement, « jaune pisseux » également, en plastique et en imitation de carrelage que l’on trouvait dans les années 50.

 

Mais ce qui m’avait frappé dès l’entrée, c’était, occupant presque tout le mur d’en face, une grande cheminée comme j’en avais vu dans presque toutes les fermes de mon enfance, de ces cheminées qui tirent mal et qui vous obligent à garder une porte entrebâillée pour éviter d’être enfumé.

Celle-ci avait été bricolée pour assurer un bon tirage par l’insertion d’un bâti, crépi comme les murs et peint dans les même teintes pisseuses que le reste de la pièce, qui constituait, à l’intérieur de la construction d’origine, une cheminée parfaitement fonctionnelle comme nous l’a assuré Monsieur G., encore une fois terriblement gêné parce que parfaitement conscient de la « mocheté » de l’ensemble.

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 14:43

Tandis que Charlotte remonte aux origines, je reprends la lecture des Essais de Montaigne.

En voici un extrait que je cherchais vainement depuis quelques jours sur lequel je viens de tomber par hasard au chapitre X du Livre II.

Je ne cherche aux livres qu’à m’y donner du plaisir par un honnête amusement ; ou si j’étudie, je n’y cherche que le science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m’instruise à bien mourir et à bien vivre…
Les difficultés, si j’en rencontre en lisant, je n’en ronge pas mes ongles ; je les laisse là, après leur avoir fait une charge ou deux.
Si je m’y plantais, je m’y perdrais, et le temps car j’ai un esprit primesautier. Ce que je ne vois de la première charge, je le vois moins en m’y obstinant…

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 14:36

Avant d'en venir à mon sujet du jour, pour un peu de lecture utile sur le sujet qui agite la blogosphère ces temps derniers, cliquer ici .

Comme Montaigne, je pourrais parler de « la trahison de ma mémoire » et évoquer ces livres « qu’il m’est advenu plus d’une fois de reprendre en main comme inconnus » et de constater au bout de quelques pages que je les avais déjà lus.

Aussi souvent, il m’est arrivé d’être sûr d’avoir déjà lu tel livre, de m’apercevoir, le lisant effectivement, qu’il était fort éloigné de l’idée que je m’en étais faite et d’avoir conclu que je ne le connaissais que par ouï-dire ou, ce qui fait peu de différence, que l’ayant lu je l’avais modifié…

Tout cela entre dans la catégorie des « livres non-lus » de Pierre Bayard qui, autant que je me souvienne, ne connait pas la catégorie des livres « lus ».

Eh oui ! Me voici reparti sur la piste de Comment parler des livres… et oubliant pour quelque temps le Festival d’Avignon 2016

À moins que ce ne soit sur la piste de Montaigne

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 17:35

Pour subvenir un peu à la trahison de ma mémoire et à son défaut, si extrême qu’il m’est advenu plus d’une fois de reprendre en main des livres comme récents et à moy inconnus, que j’avoy leu soigneusement quelques années au paravant et barbouillé de mes notes, j’ay pris en coustume, dépuis quelque temps, d’adjouter au bout de chasque livre (je dis de ceux desquels je ne me veux servir qu’une fois) le temps auquel j’ay achevé de le lire et le jugement que j’en ay retiré en gros, afin que cela me représente au moins l’air et Idée générale que j’avois conceu de l’autheur en le lisant....

Cela est extrait du chapitre X du Livre II des Essais de Montaigne dans le but d’un rapprochement avec le Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? de Pierre Bayard

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 12:40

Nous évoquions hier « mes lectures » de Montaigne. Eh bien ! Parlons-en.

Vous le savez, on ne doit pas attendre de moi une quelconque exégèse ; je n’en ai ni le gout ni la compétence, ceci expliquant peut-être cela comme dirait Dino ou quelqu'autre de mes détracteurs.

Pas d’exégèse donc mais juste un mot des conditions dans lesquelles je lis les Essais.

Au « cabinet ».

Ce qui fait qu’on ne doute de guère de choses ...

J’utilise ce mot dans le sens qu’il avait encore pour tout le monde dans mon enfance ; j’ai depuis appris à parler des « toilettes » ou des « ch… » selon le public auquel je m’adresse.

Ce qui fait qu’on ne doute de guère de choses ...

J’ai, comme de nombreux lecteurs, constitué une succursale de ma bibliothèque dans les « toilettes » ; j’y ai regroupé des volumes qui permettent des lectures variées et rapides :des recueils de nouvelles courtes, des contes, les œuvres complètes de Botul et surtout les Essais de Montaigne.

Vous l’aurez peut-être observé vous-même : si on ouvre le Livre II au hasard, on a toutes les chances de tomber sur l’Apologie de Raimond Sebond ce qui n’a pas manqué ce matin.

Je vous livre les premières phrases de l’extrait lu ce matin juste après mon petit-déj :

Ce qui fait qu’on ne doute de guère de choses, c’est que les communes impressions on ne les essaie jamais ; on n’en sonde pas le pied où git la faute et la faiblesse ; on ne débat que sur les branches ; on ne demande pas si cela est vrai , mais s’il a été ainsi ou ainsi entendu. On ne demande pas si Galien a rien dit qui vaille, mais s’il a dit ainsi ou autrement…

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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 12:31

Comme j'envoyais mes pirates en course contre des contrebandiers qui passaient par là--comprenne qui pourra--, je songeais...

et ma songerie me menait à l'Apologie de Raymond Sebond ...

et je pensais: "Il faut décidément que je prenne le temps de le lire et de tenter d'en tirer la bénéfique substantifique moëlle..."

Je me dis fréquemment ces sortes de choses quand je songe.

Réflexe normal sur Internet, j'ai tapé Raymond Sebond sur mon moteur de recherche...

J'ai trouvé

CECI

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 07:35

Dans son Livre troisième, au chapitre IX intitulé De la vanité, s’étant quelque peu éloigné de son propos, Montaigne écrit :

Cette farcissure est un peu hors de mon thème. Je m’égare, mais plutôt par licence que par mégarde. Mes fantaisies se suivent, mais parfois c’est de loin, et se regardent, mais d’une vue oblique.
J’ai passé les yeux sur tel dialogue de Platon mi-parti d’une fantastique bigarrure, le devant à l’amour, tout le bas à la rhétorique. Ils ne craignent point ces nuances, et ont une merveilleuse grâce à se laisser ainsi rouler au vent, ou à le sembler. Les noms de mes chapitres n’en embrassent pas toujours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque … J’aime l’allure poétique à sauts et à gambade.

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 11:00

Mon dessein est de passer doucement, et non laborieusement, ce qui me reste de vie. Il n'est rien pour quoi je me veuille rompre la tête, non pas pour la science de quelque grand prix qu'elle soit. Je ne cherche aux livres qu'à m'y donner du plaisir par un honnête amusement; ou si j'étudie, je n'y cherche que la science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre :
    Has meus ad metas sudet oportet equus .

Les difficultés, si j'en rencontre en lisant, je n'en ronge pas mes ongles; je les laisse là, après leur avoir fait une charge ou deux.
Si je m’y plantais, je m’y perdrais, et le temps : car j’ai un esprit primesautier. Ce que je ne vois de la première charge, je le vois moins en m’y  obstinant. Je ne fais rien sans gaieté ; et la continuation et la contention trop ferme éblouit mon jugement, l’attriste et le lasse. Ma vue s’y confond et s’y dissipe. Il faut que je le retire et que je l’y remette à secousses : tout ainsi que, pour juger du lustre de l’écarlate, on nous ordonne de passer les yeux par-dessus, en la parcourant à diverses vues, soudaines  reprises et réitérées.



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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 12:23

Mon dessein est de passer doucement, et non laborieusement, ce qui me reste de vie. Il n'est rien pour quoi je me veuille rompre la tête, non pas pour la science de quelque grand prix qu'elle soit. Je ne cherche aux livres qu'à m'y donner du plaisir par un honnête amusement; ou si j'étudie, je n'y cherche que la science qui traite de la connaissance de moi-même, et qui m'instruise à bien mourir et à bien vivre :
    Has meus ad metas sudet oportet equus .
Les difficultés, si j'en rencontre en lisant, je n'en ronge pas mes ongles; je les laisse là, après leur avoir fait une charge ou deux.

Chapitre X du Livre second des Essais de Montaigne

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 11:40

"Si je m’y plantais, je m’y perdrais, et le temps : car j’ai un esprit primesautier. Ce que je ne vois de la première charge, je le vois moins en m’y  obstinant. Je ne fais rien sans gaieté ; et la continuation et la contention trop ferme éblouit mon jugement, l’attriste et le lasse. Ma vue s’y confond et s’y dissipe. Il faut que je le retire et que je l’y remette à secousses : tout ainsi que, pour juger du lustre de l’écarlate, on nous ordonne de passer les yeux par-dessus, en la parcourant à diverses vues, soudaines  reprises et réitérées."

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